Lors des fêtes de fin d'année 2025, Thierry Cotillard, le patron d'Intermarché, est apparu sur le devant de la scène médiatique et politique grâce à un dessin animé publicitaire. Celui-ci présente un gentil loup au cœur tendre, qui aimerait se faire des copains parmi ceux qu'il a l'habitude de croquer. Aussi se décide-t-il à devenir végétarien. Enfin presque... car il continue à se nourrir de poisson, apparemment pas considéré chez Intermarché comme un animal.
Cela n'est peut-être pas un hasard : il se trouve qu'Intermarché, c'est aussi la Scapêche, la société qui alimente le groupe en poisson de mer. Or, le mardi 23 décembre 2025, l'association Bloom, qui lutte depuis longtemps pour la protection des océans, a demandé au jury de déontologie publicitaire de l’Autorité de régulation professionnelle de la publicité (ARPP) l’ouverture d’une « procédure d’urgence ». Pour l'association, le message transmis par ce film publicitaire (qui a fait plus d'un milliard de vues) est que « manger du poisson est non seulement acceptable mais souhaitable », et qu'il n'y a aucune contradiction entre manger du poisson et être végétarien, une manière de valoriser et banaliser la consommation de poisson. Embêtant pour Intermarché et sa filiale Scapêche, dont les navires ont été surpris en train de pêcher dans des écosystèmes profonds d'une grande fragilité, en infraction aux règlements internationaux...
Comme le loup dissimulateur qui finit par avaler tout cru le petit chaperon rouge, celui d'Intermarché révèle ainsi sa nature profonde : sous son aspect mignon, inclusif et tolérant, se dissimule en réalité un groupe industriel qui contribue aux ravages que subissent nos écosystèmes, nos campagnes, les petits producteurs, nos paysages, nos océans...
Intermarché ne s'arrête pas en si bon chemin : en janvier 2026, l'un de ses représentants est auditionné par la commission des affaires économiques à l'Assemblée, pour défendre les centrales d'achat. Thierry Cotillard, qui est à la tête d'une fortune personnelle estimée à plus de 50 millions d'euros, a de grandes ambitions pour les Mousquetaires, entreprise qui a déjà connu une belle croissance sous son impulsion... et tant pis pour les poissons.
Soit dit en passant, demandons nous si l'acceptation sociale du loup dans nos campagnes sort améliorée de ce film : non, la solution pour préserver loups, troupeaux et éleveurs n'est sans doute pas de convertir les prédateurs au végétarisme... bref, la pub prend vraiment les gens pour des pommes. Et noie le poisson...